Premier article d'une longue série ou comment promettre des choses "impromettables"
Je me lance.
De quoi va parler cette première NL (newsletter) ? De la difficulté à la démarrer.
Il y a urgence à arracher ce qui baîllonne ma créativité et mon droit d’expression et ma dose de kiffe. A bas le doute, la peur de déplaire et la remise des clefs à “quand je serais prête” (à quoi ? on se le demande)
J’étais en train d’écrire dans mon carnet des pensées autour de ce projet que j’ai tant de mal à faire exister, quand une voix m’a dit : mais c’est ça ta NL, c’est ce que tu écris là tout de suite. Je me cite : « serais-tu cap là, maintenant d’envoyer ta première NL dans l’heure ? Sans laisser mijoter, sans décortiquer tes idées, sans rien mettre à chauffer ? Ecrire et partager à froid. Oserais-tu lâcher le brouillon et passer à l’action ? » Mes pensées sont des fruits mûrs, il n’y a plus qu’à secouer le cocotier.
Ça fait trois fois que je relie ce premier paragraphe. J’ai eu le temps d’enlever une virgule et changer trois mots. STOP. Attention à la boucle. Sors de l’obsession de justesse et de correction. Ecris sans revenir en arrière. Fais gicler tes pensées. Giclons, giclons, giclons.
Amuse-toi avec les mots, envoie sans peur de choquer, d’être incomprise, de manquer de précision et d’intérêt (oui, je me parle et m’écris à moi-même, vous finirez par trouver ça normal). De toute façon, personne ne vit dans le monde, chacun vit dans son monde. #Passioncitations. De là, personne ne me comprendra aussi bien que moi-même, donc on se détend. Je ne sais pas vous, mais moi j’ai tendance à prendre tout tellement au sérieux que je suis plus fatiguée que la fatigue elle-même. Donc j’arrête. Pas l’alcool, mais le sérieux.
Pour vous écrire, j’ai aussi besoin de combattre la peur de ne pas avoir quelque chose de suffisamment intéressant à dire (encore présente quand j’enregistre mon podcast, le podKastel). Dans le super film Captain Fantastic, le sexy Viggo Mortensen élève ses enfants de manière marginale et radicale. Chaque fois que l’un d’eux finit de lire un livre, il leur demande un résumé critique de leur lecture. Quand sa fille commence par : « le livre était intéressant », le père l’arrête : « interesting is a non-word… intéressant n’est pas un mot, vas-y développe. » La fille est saoulée mais moi, j’adore l’idée. Des non-word : des mots tellement utilisés qu’ils en perdent tout leur sens. J’ai ajouté à la liste : bien, mal, bon, mauvais. A chaque fois qu’ils sortent, une voix dans mon cerveau me crie « non-word ! » et en cherchant à les remplacer par un autre adjectif, je m’aide à aiguiser mon ressenti. Essayez pour voir, c’est sympa.
Hier j’ai participé à un cours collectif de dessin. Les élèves ont montré l’avancée de leur travail pendant les vacances et quand tout le monde eut fini, les regards se sont tournés vers moi. La prof a dit : « je vois que tu as amené ton carnet, tu peux nous le montrer ? » Euh oui, j’ai bafouillé, en précisant que c’était très différent de ce que les autres avaient déjà montré (« différent » ne pourrait-il être sur la liste des non-word ? » A mesure que je tourne les pages, une dame s’exclame : oh y’a du niveau ! Je sourcille. Ah bon ? Tous mes dessins sont des impros, nés de frustrations mal lunées qui avaient besoin de s’épancher sur le papier. Je ne fais jamais de brouillon, c’est brut, honnête et en général ça me plait.
Labyrinthe à traits et pois
Alors pourquoi, à l’écrit, je brouillonne ?
Pourquoi je me prends la tête à savoir quoi dire, comment le dire, à quelle fréquence le dire ? Et si on s’en foutait ? Du jour parfait où il y a le plus de chances que vous ouvriez ce mail nageant dans un océan de mails ? Du montant de l’abonnement ? Du « résumé » censé vous allécher sur la page d’accueil de cette NL ? Tyrannie du marketing. J’écris des trucs maintenant et je changerai plus tard, ok pour vous ? En tout cas, ok pour moi. Il n’y a que le changement qui soit constant, alors pourquoi chercher à figer les choses ? Pour que ça fasse « pro » ? Un auteur que j’aime bien dit qu’il est inutile de catégoriser sa vie : pro, perso, argent, voyage… On a UNE vie. Le « pro » se mêle au « perso » et vice versa. A feu doux est un bout de ma vie, avec tout ce qu’elle contient. C’était la minute philo.
Je suis arrivée au bas de la page word et j’ai encore mille milliards de trucs à dire. C’est une de mes grandes forces ça : divaguer. Je divague pour oui et pour un non. Ça m’a coûté 19 sur 20 au bac de philo. Là, c’est la minute show off, parce que je ne le fais pas assez. Moussez-vous, moussons-nous, ça fait du bien… non-word… ça fait se marrer.
Et alors ? Comment ça se passe la lecture de votre côté ? On s’ennuie, on sourit, on s’impatiente, on en veut plus ? Là niveau spontanéité, je suis à fond. A ce stade, tout ce que je peux vous garantir, c’est que cette NL parlera de moi. Comme dans mon entrainement à l’écriture Zodiakkas, je vais me proposer de mettre en mots les actions et réflexions que j’ai envie de vous partager. Je glisserai dans cette lettre digitale de la beauté en images, des œuvres qui m’ont marquées et pourraient vous nourrir également… Bref, tout ce qui m’inspire. C’est tout pour le moment, more to come later.
C’est fait, c’est envoyé ! Cap !
La bise a tutti.
Kastel
Sambre, série sur France 2 à regarder en replay
Je vous recommande vivement la série Sambre qui raconte l’histoire d’un violeur en série, échappant à tous les radars pendant 30 ans. La construction de la série, le choix et le jeu des actrices, acteurs… tout est réalisé avec brio. La caméra donne enfin un cadre à la parole des victimes (cf interviews des réalisateurs de la série sur le site) et nous plonge dans un tourbillon de réflexions sur la notion de responsabilité individuelle et collective.
Citagraphie* : croisement entre une citation qui m’a touchée et une de mes photos prises sur le vif
Snow & Sea
La folie c'est de refaire toujours la même chose et d'attendre des résultats différents
Einstein
Bon allez, ça y est, j’ai fini la rédaction sur le site, reste plus qu’à vous l’envoyer. Je suis à la bourre pour aller boire une bière dans le froid mais hors de question de remettre l’envoi à demain, sinon ça ne partira jamais. Je ne fais pas confiance à mon esprit critique. Allez ça part, ça paaaaaaart !