L'odeur du soleil devient Flanquer la lumière et se refait une beauté bien trempée.
L'odeur du soleil prend le titre d’un de mes poèmes : Flanquer la lumière.
Ce changement correspond davantage à cette envie que j’ai de braquer le faisceau sur des humain/es et des idées qui peuvent nous éclairer dans les moments sombres. Suffit d’allumer la radio pour avoir envie de clamser ces temps ci.
Outre les interviews d'artistes sur leur processus créatif et vision du monde qui nous redonneront du courage, je publierai chaque semaine mon carnet de bord, celui d'une navigatrice en terre qui cherche, contre vents et marées, à garder le cap d'une vie à barrer avec justesse. Des pensées pour cheminer vers ce qui nous parait essentiel.
Intimité, fait de société, dilemme de moralité. J’aborde tout ce qui me traverse avec des intentions croisées : se questionner, prendre du recul, ne pas céder à la peur et à la conformité, exercer son esprit critique et (s’il existe car il y a débat) son libre-arbitre.
Ce carnet de bord est un appel à la fusion entre révolution et résistance. Prenons le meilleur des deux et refusons de nous résigner. Naviguons vers la révostance. Comme le dit Henri Michaux :
Ne désespérez jamais. Faites infuser davantage.
En attendant de vous plonger dans mes journées-pensées, je vous laisse avec les mots de Louise Tiers alias les Os creux, une artiste profondément sensible à qui je souhaite bon vent dans ses projets.
Louise Tiers (c)
Le brise-glace 🍦
Ferme les yeux et imagine que lorsque tu écris, tu te transformes en animal… Qui deviens-tu ?
Je dirai un animal sous-marin, un animal de la mer parce qu’il y a un côté bulle. Sous-marin ou souterrain, quelque chose en dessous du monde. [Un animal te vient ?] Je pense à la baleine, parce qu’il y a une baleine qui a une grande place dans le roman que j’écris. Mais il y a un côté immense, je ne sais pas si ça colle à ce que je ressens. Peut-être une méduse ou un poulpe.
La genèse ⏳
Depuis quand écris-tu ? depuis toujours. La première fois que j’ai essayé d’écrire un roman, j’avais 9 ans. Au CP, je me souviens avoir raconté l’histoire d’un petit pois qui voulait pas se laisser manger. J’ai toujours voulu être écrivaine.
A-t-il été difficile d’assumer ton désir d’écrire ? de base non, j’ai pas eu de mal à dire. Ce qu’on m’a renvoyé a rendu ça plus difficile. Très vite on m’a dit : c’est super mais on n’en vit pas. Mes profs de français m’ont toujours dit que j’étais super mais on n’en vit pas.
Le sens 🧭
Pourquoi écris-tu ? As-tu conscience du fondement derrière ton élan d’écriture ? essayer de photographier des sensations. Mettre en mots, ça permet de graver dans le marbre quelque chose qui serait passer… et pour permettre aux autres de le vivre. Par exemple, je vais voir une toile d’araignée avec des gouttes d’eau, je la prends en photo et je me dis que je veux écrire dessus. J‘ai du mal avec l’éphémère. J’ai envie que le beau reste.
Virginie Despentes commence King Kong théorie par : « J’écris de chez les moches, pour les moches. » Et toi ? J’écris de l’intérieur pour l’intérieur. Ce n’est pas une personne mais c’est ce qui me vient.
Quels sont tes thèmes de prédilection ? les souvenirs, le passage du temps dans tout ce qu’il comporte de beau et de flippant et de triste parfois. La mélancolie. L’enfance.
Penses-tu prendre des risques avec certains sujets ? je ne me tourne pas facilement vers des sujets risqués, je parle plus de l’intérieur que du politique mais si ça devait arriver, ça ne me poserait pas de problèmes. C’est le rôle de l’écrivain que de prendre des risques avec l’écriture.
L’inspiration 🪁
Quel livre aurais-tu aimé écrire ? j’ai envie de dire Le parfum de Patrick Süskind. C’est un livre tellement dans la sensation, les descriptions sont extraordinaires. Il réussit à rendre des choses belles absolument horribles. Le concept du livre, je le trouve tellement génial. Je ne m’en suis pas remise !
Quel×les sont les artistes qui influencent ton travail ? Beaucoup de musicien×nes. Ichiko Aoba, je l’écoute en écrivant. C’est de la musique atmosphérique. Pendant ses concerts, il y a des gens qui s’endorment, et c’est pas un problème, elle invite à ça.
Ce soir, c’est un dîner très spécial, tu peux y inviter trois auteurices de toutes époques confondues ? Qui est à table avec toi ? Quitte à me répéter Patrick Süskind, Anise Koltz, Vénus Khoury-Ghata, deux poétesses. Je ne sais pas si elles s’entendraient bien avec Patrick (rires)
La pratique ✂
Où et quand écris-tu le mieux ? faut que j’ai plus rien en tête, donc chez moi tranquille, sur mon ordi. Je prépare ce que je veux écrire sur papier et j’écris sur ordi.
As-tu une routine d’écriture et si oui laquelle ? se lever une heure avant le travail pour écrire, j’en serai incapable. Mais il faudrait que j’essaye d’adhérer à une routine si je veux mener mon projet à bien.
Que fais-tu de tes brouillons ? je garde ce que j’écris sur papier, des fiches personnages, des idées mais comme j’écris sur ordi, beaucoup de choses disparaissent.
Y a-t-il quelque chose que tu faisais, que tu ne fais plus et qui t’a libéré×e ? j’ai lâché l’idée d’expliquer quelque chose à travers un roman mais j’ai fini par comprendre que le roman n’explique pas, il raconte. J’ai lâché sur l’idée du sens.
La traversée du désert 🐫
T’est-il arrivé de ne plus écrire ? quand j’étais neuropsychologue, j’ai quasiment pas écrit. [ça a duré combien de temps ?] On va dire trois ans. J’ai besoin d’un état d’esprit dans lequel je dois me mettre pour écrire et l’état d’esprit en étant neuro était tellement loin... ou bien j’avais plus d’énergie. Ça demande de faire un pas tellement grand pour écrire.
Quelle est ta plus grande difficulté actuelle ? j’ai l’impression que je manque de courage. Ecrire et montrer ce qu’on écrit demande du courage.
Comment traverses-tu les moments de découragement ? j’essaie de me rappeler que j’écris pas pour plaire, mais parce que j’ai un truc à dire. Le découragement vient quand on se dit « je vais pas y arriver » mais c’est quand on est face aux autres que c’est dur. [Avant je pensais comme toi et cet épisode de podcast sur la reconnaissance en tant qu’auteurice avec Charles Pépin a décalé mon POV]
Les conseils 💡
Fais-tu relire tes textes ? Par qui ? jusqu’à maintenant pas tellement mais si je me mets sérieusement à mon projet de roman, je pense que je me tournerais vers Anne Monneau, ma grande copine d’écriture.
Le meilleur conseil qu’on t’ai jamais donné pour écrire ? chaque mot qui n’est pas utile, faut l’enlever. C’est difficile à suivre comme conseil « l’utilité » en écriture mais si on se pose sincèrement la question, on se rend compte que nos phrases sont trop longues. Plus on épure une phrase, plus elle est puissante. Il faut trouver le bon mot. Y’a pas besoin d’écrire beaucoup.
La solitude 🏝
Continue cette phrase : la solitude pour écrire c’est… ma maison.
Quel est ton rapport à la solitude en général ? (Pouce en l’air) faut pas que je sorte de ma solitude trop longtemps. Les personnes que j’invite chez moi ont une place spéciale dans ma vie. J’aime beaucoup avoir du temps seule, tranquille. J’aime bien qu’on me dérange pas trop. J’ai besoin d‘aller chercher à l’intérieur de moi, tout ce qui est extérieur me sort. Je ne suis pas opposée à l’idée que ça ne change pas. (rires)
Les nouvelles technologies 📡
Comment rends-tu visible ton travail créatif ? Que penses-tu des réseaux sociaux (RS) ? j’ai un compte instagram pour ma poésie et un autre pour le caviardage. Ça me permet d’avoir quelques retours qui font du bien. [Tu penses qu’un artiste peut vivre sans les RS en 2026 ?] Il y a possibilité de vivre sans. Les réseaux donnent une porte d’entrée pour exister. Et certains peuvent s’en passer.
L’IA, menace ou opportunité pour les auteurices ? les deux. J’ai l’impression qu’à chaque fois que je lis quelque chose qui me touche, à la fois, ça m’inspire et ça m’intimide. Je pense que c’est indispensable. Lire et écrire, c’est comme inspirer et expirer. Qui a dit ça, je ne sais plus. [Quel lien av l’IA ?] ah j’ai compris que du disais « lire », pas “l’IA” ! (rires et quiproquos) Je dirai plus menace qu’opportunité. Le problème principal de l’IA c’est qu’elle n’a aucun goût, aucun sens de ce qui est beau, de ce qui est cliché. J’ai essayé de l’utiliser mais c’est juste pas de bon goût. [Et le fait que le métier d’auteurice puisse être remplacé ?] ça m’inquiète plus pour les lecteurs, que les écrivains. Dans la consommation, quelque chose va s’appauvrir. Ça me terrifie plus dans le cinéma, il y a des longs métrages uniquement fait par IA qui vont sortir... Il faut qu’on se concentre sur nos manières de consommer.
L’ouverture au monde 🌎
Si tu as déjà envoyé un manuscrit à une maison d’édition (ME), est-ce que cela a été difficile ? j’ai toujours voulu être éditée, j’avoue si possible traditionnellement. J’ai été jusqu’à faire des recherches sur des ME mais je ne suis pas allée jusqu’à envoyer le mail. Je rejoins le manque de courage. Je sais très bien qu’il y a plein de gens qui écrivent des choses supers et à qui on dit non pendant très longtemps. (Tu as peur du non ?) Je pense que oui.
Si demain ton livre devenait bestseller, comment vivrais-tu la célébrité ? vu d’ici, c‘est pas mon délire. J’aime bien la solitude. Je suis un animal sous-marin. Faut pas qu’on essaye de venir me pêcher. Ça me ferait hyper plaisir que les gens aiment mon livre, mais le reste…
Légitimité et précarité 🛒
Quand on te demande ce que tu fais dans la vie, que réponds-tu ? aujourd’hui monteuse-vidéo. [ça t’arrive de dire autrice… écrivaine… je sais pas quel mot tu utilises ?] J’aurais tendance à dire artiste comme je fais du caviardage mais aujourd’hui j’ai du mal, j’ai un syndrome de l’imposteur comme beaucoup. C’est un truc à passer… c’est pas une marche, c’est une falaise ! Pourtant, en aout, j’expose dans une salle d’expo, c’est tout ce qu’il y a de plus artiste.
Cherches-tu à vivre de l’écriture ? fantasme, projet ou rien ? fantasme oui. Ça me semble tellement difficile que j’ose même pas en parler comme un projet. Mais si tu m’avais demandé quand j’étais petite, j’aurais parlé de ça comme un projet.
La passion 🧨
Qu’as-tu fait de plus fou par amour pour l’écriture ? j’ai pas osé être assez folle. Je veux écrire depuis que je suis petite, mais j’ai fait des études de psycho pour avoir un métier. J’ai pas mis assez de folie dans cette direction là. Faut que j’en mettre plus. Faut du courage [oui, c’est notre fil rouge]
Je suis un génie, tu viens de frotter ma lampe et je t’accorde un vœu en lien avec l’écriture. Que me demandes-tu ? trouver un éditeur ou une éditrice qui comprendrait vraiment mon projet, qui ne me demanderait pas de changer ci ou ça pour que ça colle avec ce qui « se fait ».
En un mot 🌯
Ecrire c’est… l’aventure. Marguerite Duras, je crois, a dit : « on écrit pour savoir ce qu’on écrirait si on l’écrivait. » Vivre c’est l’aventure extérieure. Ecrire c’est l’aventure intérieure.
Pour écrire j’ai besoin de… rien (c’est ça qui est merveilleux ! T’as même pas besoin d’un crayon pour inventer une histoire)
Si je ne pouvais plus écrire, je… ferais d’autres types d’arts (peinture, photo…)
Un coup de cœur à nous partager ? Asleep among endives d'Ichiko Aoba
Comment découvrir ton travail ? @les_os_creux pour le caviardage et @lois_les_os_creux
parfum moisi des planches mouillées
piégé dans les toiles d'araignées
l'écorce tombe d'outils rouillés
et pourtant les ronces.
les sacs de graines jamais plantées
la balançoire décrochée
pots à confiture conservés
et pourtant les ronces.
l'odeur douceâtre du poulailler
les bras dans les graines enfoncés
de la boue jusqu'au bout du nez
et pourtant les ronces.
et pourtant les ronces, en te griffant les chevilles
font d'une femme une petite fille.
encore, tu cherches ta chance parmi les trèfles,
et pourtant les ronces.
Merci de me lire, n’hésitez pas à m’écrire.
Lumièrement vôtre,
AnneSo
PS : je tiens à me relire sans correcteur, donc il y aura des coquilles 🐚 Les photos sont les miennes, retouchées par un filtre que j’aime bien. Demandez-moi avant usage.
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