26. Se planquer pour exister, stratégie personnelle

Espace de révolution poétique pour donner de l'élan 🫎

Flanquer la lumière
3 min ⋅ 03/04/2026

°•

Avril frais et mai chaud, remplissent les granges jusqu'en haut

•°


Semaine dernière, j’ai fait la morte.

Parce qu’à la louche, l’article et épisode sur le pouvoir d’achat entre rédaction, correction, enregistrement, montage, diffusion et communication… m’ont pris 6 à 7 heures. Etant donné que tout est gracieusement diffusé sans frais, je suis rentrée en cogitation intense sur le comment vivre de ses idées ? Que commercialiser ? Que donner ? Je n’ai pas la réponse, alors j’ai pris une semaine de repos pour cogiter à d’autres projets.

Je dis que FLL est un espace de « révolution poétique ». Oui. Et c’est aussi un terrain de jeu. Un endroit en mouvement permanent. Un pied de nez au perfectionnisme. Une zone d’exploration poétique.

Cette semaine, j’ai eu envie de changer mon processus créatif alors j’ai commencé par enregistrer l’épisode avant de rédiger la newsletter.

Le sujet ? La difficulté de s’exposer, d’imprimer son portrait sur une affiche, le refus de jouer les règles du marketing manipulo-stratégique percuté par le besoin viscéral de mettre un visage sur un nom, la recherche d’autres modèles auprès d’artistes qui cultivent le mystère comme vecteur de désirabilité.

Comme je parle plus que je n’écris, je me suis retrouvée avec une retranscription de 8 pages. Je ne vous infligerai pas ce tunnel, surtout pas sur écran. Je vous mets donc le début soit à peu près 2 minutes de lecture et par amour du suspens et des polars, je finis par un beau cliffhanger.

Bonne lecture et| ou bonne écoute.

Se planquer pour exister

Nous vivons dans une société d'images, je ne vous apprends rien. L'espace public est devenu espace marchand depuis belle lurette. L'autre jour, en voiture près d'une zone commerciale, j’ai halluciné du nombre d'affiches XXL avec le mot « promotion » dessus.

Je crois que c'est pour ça que la nature repose autant, parce que c'est un espace d'anti-injonction à rien. Il n'y a rien à acheter, il n'y a rien à vendre, rien à produire.

Il y a juste à être.

AFFICHE. IMAGE. IMAGE DE SOI.

Un thème qui me tourmente différemment selon les âges. Ado, je me demandais « est-ce que je rentre dans les standards ? Est-ce que je suis suffisamment désirable ? » Je tentais de suivre ce message pernicieux qui éclot quand on commence à grandir :

s’efforcer de rentrer dans le moule pour appartenir à un groupe tout en cultivant sa singularité pour ne pas y disparaitre.

Adulte, je retrouve ce problème sur les réseaux sociaux. Comment se distinguer ? Comment sortir de la foule pour exister ?

Il y a tout un tas de stratégies pour attirer, notamment, celle de publier une photo de soi. Son visage, son corps, si possible pas trop dégueulasse. Parce que la beauté attire (ce que l'on considère comme beau post abreuvage de représentations homogénéisées).

C'est ce qu'on appelle le beauty priviledge, le privilège de la beauté. Des études l’ont prouvé : plus on rentre dans les canons stéréotypés de beauté, plus on a de chances d'avoir un logement, un boulot, de générer des rencontres et des opportunités. Récemment, on m’a dit (en gros) : "

c’est con de pas utiliser ton image, t’es plutôt sympa à regarder.

Grimace de hyène.

Je rechigne à me montrer. Et pourtant. Mettre un visage sur un nom, c'est un besoin humain. Quand j'écoute un podcast et que la personne m'intéresse, qu'est-ce que je fais en premier si je ne la connais pas ? Je tape son nom et son prénom dans un moteur de recherche. Besoin universel d'identification, de connexion, de chair.

Cet été, je vais donner une série d'ateliers d'écriture à Granville, dans un restaurant argentin que j'adore, tenue par une femme que j’adore encore plus, Gigi.

On parlait d'affiches et elle m’a dit :

tu vois là, dans la vitrine, il y a trois affiches collées. Il y en a deux, c'est du texte qui donne des informations, avec des couleurs flashy, un bon graphisme. Bah les gens ils regardent la troisième, celle où on voit le portrait d'une réalisatrice qui invite le public à la projection de son film. Voilà, donc ce serait pas mal si tu pouvais mettre une photo de toi.

Grincement de dents.

J’ai bien compris qu'il s'agissait d'accrocher le regard et qu'entre humain*es, on fonctionnait comme ça. Mais moi, ce qui me fait peur…


Citagraphie

citation + photographie = @citagraphies (sur instagram) pour voyager en pensées


Mon cœur bat toujours plus vite quand vous réagissez à mon travail. Vous pouvez m’écrire en répondant à cette lettre comme à un mail classique ou par message vocal.

À tantôt.

AnneSo

🔦 Pour corriger les fautes, je n’utilise que mon cerveau, il peut rester des coquilles. De manière générale, aucune IA dans mon travail. Les photos sont les miennes, retouchées par un filtre que j’aime bien. Demandez-moi avant usage.

Flanquer la lumière

Par AnneSo Ka

Autrice et créatrice de podcasts, AnneSo Ka explore les liens entre intimité et société, conditionnement et liberté, expression et résistance.

Son premier livre La mère à boire, à la fois récit et poésie, aborde l’entrée en maternité et paraitra cette année.

Elle anime des ateliers pour apprendre à transformer une idée en histoire et dénouer les nœuds qui nous empêchent de créer.

Née en 1990 pendant une tempête, elle vit entre Normandie et Bretagne.