15. Entretien avec le cheval d’Hyppolaïs 🐴

En suivant cette fameuse formation à l'écriture dont je vous parlais le mois-dernier, parmi les participant*es, j'ai rencontré une femme qui écrit, dessine et fourmille d'idées ! Voici les réponses d'Hyppolaïs à mes questions...

Flanquer la lumière
5 min ⋅ 04/11/2025

Le brise-glace 🍦

Ferme les yeux et imagine que lorsque tu écris, tu te transformes en animal. Qui deviens-tu ?  je pense à un cheval.

La genèse ⏳

Depuis quand écris-tu ? la première fois, j’étais petite, en primaire. Après plus sérieusement, quand j’ai commencé mes études de droit à 18 ans. J’écrivais des journaux intimes, j’avais besoin de sortir plein de trucs ; ensuite de la poésie et après un roman historique. Je dessinais en même temps. Pendant toutes mes études de droit, j’écrivais des nouvelles la nuit.

Est-ce que ça a été difficile d’assumer ton désir d’écrire ? totalement. Pour réussir mon droit, j’ai décidé d’arrêter d’écrire. Je dormais pas ou mal et je ne travaillais pas beaucoup. Et après pour gagner sa vie, tout le monde te le dit, il faut un travail. Je ne pouvais pas alterner comme ça, alors j’ai décidé de finir mes études et de laisser tomber l’écriture.

Le sens ❔

Pourquoi écris-tu ? As-tu conscience du fondement derrière ton élan d’écriture ? c’est vital. J’adore écrire, lire, qu’on me raconte des histoires. J’ai besoin d’aller dans mes univers intérieurs.

Virginie Despentes commence King Kong théorie par : « J’écris de chez les moches, pour les moches. » Et toi, tu écrirais de chez qui pour qui ? j’écris pour tout le monde, pour tous ceux que ça intéresse. De chez qui ? Bah de chez moi (rires). [Tu écris de chez toi pour tout le monde ?] Oui et je m’inclue dans le « tout le monde ». J’écris déjà pour moi.

Quels sont tes thèmes de prédilection ?  j’écris sur l’histoire, j’adore le roman historique, les récits initiatiques ; il y a toujours une romance dans le fond mais c’est pas le principal. J’aime bien les histoires qui se passent sur plusieurs décennies. Le premier roman que j’ai écrit s’est déroulé sur 40 ans.

Penses-tu prendre des risques avec certains sujets ? non. Mon héroïne est une jeune fille de 17 ans, elle va vivre une histoire d’amour avec un personnage, c’est peut-être le seul risque…

La pratique ✂

Où et quand écris-tu le mieux ? la nuit (rires) en musique, dans ma bulle. J’ai beaucoup de mal à me couper du monde. Je suis comme Stephen King, je me mets dans une pièce, je mets la musique et je ne pense à rien d’autre.

As-tu une routine d’écriture et si oui laquelle ? la routine c’est la musique. [Quel genre de musique ?] ça dépend des scènes mais j’écoute du classique, du black métal, de la musique du monde ; j’adore les styles arabisants, des musiques épics sans trop de paroles… Mais ça peut être Céline Dion aussi !

Quel outil utilises-tu ? l’ordinateur. Des fois papier et crayon mais c’est rare.

Que fais-tu de tes brouillons ? je les garde. J’ai toutes mes premières versions.

Partages-tu les coulisses (le processus) de ton travail d’écriture ? non, j’ai pas de site internet. Les fois où je dis que j’écris, je dis juste « j’écris ». Et quand on me demande plus précisément, je parle de roman historique.

Y a-t-il quelque chose que tu faisais, que tu ne fais plus et qui t’a libérée ? en ce moment je dessine beaucoup moins les scènes que je vois mais ça ne me libère pas totalement.

Le meilleur conseil qu’on t’ai jamais donné pour écrire ? faut écrire ! C’est pas une question de motivation, il faut se forcer, s’astreindre, il faut de la discipline. Les 5 premières minutes sont difficiles et après ça vient.

La traversée du désert 🐫

T’est-il arrivé de ne plus écrire ? Si oui, pendant combien de temps et pourquoi ? j’ai arrêté d’écrire pendant 10 ans et quand j’ai rencontré ma compagne, j’ai repris la plume.

Quelle est ta plus grande difficulté actuelle ? finir ! Et la disponibilité. Quand tu bosses 50 heures par semaine et que ça te pompe toute ton énergie, c’est un problème. Et maintenant, je ne peux plus écrire la nuit, si je ne je dors pas, je suis défractée !

Comment gères-tu les moments de découragement ? je lis beaucoup. Au moins je lis, je garde un lien, j’assimile beaucoup et ça ressortira dans l’écriture. Je trouve un substitut qui est très proche de ce que je voudrais faire.

L’inspiration 🪁

Quel livre aurais-tu aimé écrire ?  celui que je vais sortir.

La relecture 👀

Quelle est ta relation à la faute (d’orthographe, grammaticale, de frappe…)? je m’en fous complètement, je suis totalement déculpabilisée. Je suis juriste donc j’ai l’habitude de corriger, j’ai souvent des dico avec moi.

As-tu besoin de faire relire tes écrits et si oui par qui ? je fais relire par ma compagne qui a un regard… je ne dirai pas « implacable » mais elle va dire ce qu’il faut. Elle va me dire ce qu’elle a aimé, ce qui marche, ce qui ne marche pas.

La solitude 🏝

Continue cette phrase : la solitude pour écrire c’est…  génial, reposant !

Quel est ton rapport à la solitude en général ? j’aime pas être seule, je suis assez sociale mais par contre quand j’écris ou dessine, j’aime pas qu’on me tourne autour, qu’on me dérange. Il y a des films, pour les voir, j’ai besoin d’être totalement seule.

L’ouverture au monde 🌎

Est-ce que c’est difficile d’envoyer ton manuscrit à un éditeur ? non je ne pense pas.

Edition et/ou autoédition, qu’as-tu exploré ? j’envisage l’édition pour mon projet de roman avec des illustrations personnelles.

Quels autres outils, réseaux, plateformes utilises-tu pour montrer ton travail ? non j’ai aucun réseau social, j’aime pas ça. Par contre le jour où ça sort, j’en ouvrirai.

Si demain ton livre devenait bestseller, comment penses-tu que tu vivrais la célébrité ? pas bien. Déjà je ne crois pas à la célébrité chez les auteurs, à part JK Rowling... S’il y en a une, ce sera dans le monde LGBT. C’est tellement facile de se préparer à l’échec, moi j’ai tendance à dire : prépare-toi au succès !

Légitimité et précarité 🛒

Quand on te demande ce que tu fais dans la vie, tu réponds quoi ? je dis que j’ai un bouquin à finir.

Quel mot utilises-tu : auteure, autrice, écrivaine ? j’utilise le mot autrice.

Est-ce que ce statut est difficile à assumer ? non, j’en suis fière. Ce n’est pas être vantarde, je sais que j’écris bien, les gens le remarquent, je suis sollicitée au travail pour ça. J’assume totalement, le dessin aussi. Le problème des artistes qui n’assument pas c’est qu’ils essayent d’en vivre. Déjà qu’écrire c’est difficile mais si en plus tu dois en vivre, quelle pression ! Moi je n’ai pas du tout ce problème, j’ai fait carrière, je gagne mon propre argent par moi-même, je ne dépends de personne.

Est-ce un objectif de vivre de l’écriture ? pas forcément, je suis réaliste quand même.

La passion 🧨

Qu’as-tu fait de plus fou par amour pour l’écriture ? des nuits blanches ! C’est pas fou pour moi en fait, c’est normal.

Je suis un génie, tu viens de frotter ma lampe et je t’accorde un vœu en lien avec l’écriture. Que me demandes-tu ? de pouvoir en vivre ! Et d’aller vers l’écriture de scénarios.

En un mot

Ecrire c’est… j’ai pensé « intéressant » mais c’est nul… Euh « très intéressant » ? Non, chouette ! ou chic ! (rires)

Pour écrire j’ai besoin de… ma vue

Si je ne pouvais plus écrire, je… me ferais bien chier !

Merci Hyppolaïs et bonne écriture de roman !


Avant de se quitter, Ka’ssons une petite croûte 🧀

Souvent dans les séries, les scénaristes mettent le paquet sur les premiers épisodes, puis on tombe dans le ventre mou de l’histoire et on décroche. D’argent et de sang, série réalisée par Xavier Giannoli, évite tous les écueils. Rythme, suspense, rebondissements… tout est tenu jusqu’au dernier épisode. Les acteurs sont bluffants, les dialogues ciselés, l’intrigue maîtrisée, bref, du grand art !


Si vous souhaitez réagir à cet entretien ou me conseiller vos coups de cœur, n’hésitez pas à m’écrire !

Soleillement vôtre,

KK


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Flanquer la lumière

Par AnneSo Ka

Autrice et créatrice de podcasts, AnneSo Ka explore les liens entre intimité et société, conditionnement et liberté, expression et résistance.

Son premier livre La mère à boire, à la fois récit et poésie, aborde l’entrée en maternité et paraitra cette année.

Elle anime des ateliers pour apprendre à transformer une idée en histoire et dénouer les nœuds qui nous empêchent de créer.

Née en 1990 pendant une tempête, elle vit entre Normandie et Bretagne.

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