11. Entretien avec le renard de Yasmine Feydel 🦊

Je continue le tour de mes rencontres lors du festival Ecrire ! à Rennes avec Yasmine, une jeune poétesse dont la fraicheur et la spontanéité des réponses m'ont fait un bien fou ! Bonne lecture !

Flanquer la lumière
5 min ⋅ 10/05/2024

Le brise-glace

Ferme les yeux et imagine que lorsque tu écris, tu te transformes en animal. Qui deviens-tu ? 

Un renard.

 

La genèse

Depuis quand écris-tu ? depuis mes 15 ans, au moment du confinement. Au début j’avais un compte de pâtisserie sur Instagram et puis j’ai découvert une communauté de poésie. Je m’y suis intéressée, j’ai participé à un concours et une personne m’a dit que j’écrivais bien, alors j’ai continué ! [avant tes 15 ans, tu n’écrivais pas ?] Non, j’adorais écrire des rédactions de français mais j’écrivais rarement pour moi.

Est-ce que ça a été difficile d’assumer ton désir d’écrire ? non, pas spécialement. Au début c‘était plus difficile de dire que j’écrivais que d’écrire. J’ai créé un compte de poésie avec un pseudo, je n’osais pas mettre mon nom. [pourquoi ?] La poésie est assez intime, je me livre fort… Et j’avais honte et peur du regard des autres, qu’ils trouvent la poésie « chiante ».

 

Le sens

Pourquoi écris-tu ? As-tu conscience du fondement derrière ton élan d’écriture ? j’écris ce qui me passe par la tête, j’écris pour me libérer ou parce que j’en ai envie.

Virginie Despentes commence King Kong théorie par : « J’écris de chez les moches, pour les moches. » Et toi, tu écrirais de chez qui pour qui ? j’écris du cœur pour dire haut et fort les sentiments.

Tu écris quoi et sur quoi ? pour le moment, j’écris surtout de la poésie mais j’aimerais m’ouvrir à autre chose plus tard. Dans mon premier recueil, j’ai parlé de l’amour : rupture, relation de couple, amour non réciproque. Dans le second, qui va bientôt sortir, j’évoque la santé mentale, le rapport au corps, la discrimination… Les thèmes varient beaucoup !

Penses-tu prendre des risques avec certains sujets ? oui, le premier risque c’est que je me mets à nu, donc parfois ça peut être un peu compliqué. Je peux écrire quelque chose qui pourrait blesser d’autres personnes, tout dépend de l’interprétation de chacun·e.

 

La pratique

Où et quand écris-tu le mieux ? j’écris quand j’en ai envie donc ça varie énormément. Le moment où j’écris le plus, c’est tard le soir, avant de m’endormir. Sinon en plein milieu d’un cours, en me baladant dans la rue…

As-tu une routine d’écriture et si oui laquelle ? non pas du tout.

Les temps sont durs, tu ne peux choisir désormais qu’un seul outil pour écrire : le bic, le feutre, le crayon de papier, l’ordinateur, le téléphone ou la machine à écrire ? le téléphone, car je l’ai tout le temps sur moi, je l’amène partout et ça reste le plus simple.

Que fais-tu de tes brouillons ? ça dépend, des fois ils ne vont jamais voir le jour, ils vont rester au fond de mes notes de téléphone parce que c’est trop intime ou que finalement ça ne me plait pas… [es-tu genre à les supprimer ?] non ! je suis du genre à avoir un million de notes, autant de listes de courses que d’ébauches de poèmes.

Partages-tu les coulisses de ton travail d’écriture ? non pas trop, comme c’est assez spontané. Si je me mettais à filmer, ce serait moins spontané. Quand je suis posée dans mon lit à 2h du mat et que j’écris, je ne pense même pas à sortir mon téléphone. [Et en dehors des réseaux ?] en dehors des réseaux, je connais peu de personnes qui écrivent.

Y a-t-il quelque chose que tu faisais, que tu ne fais plus et qui t’a libérée ? au début je faisais beaucoup attention aux rimes. Quand je me concentrais pour trouver des synonymes, mes lecteurs trouvaient mes poèmes moins profonds.

Le meilleur conseil qu’on t’ai jamais donné pour écrire ? me lancer ! le plus dur c’est de commencer.

 

La traversée du désert

T’est-il arrivé de ne plus écrire ? Si oui, pendant combien de temps et pourquoi ? oui ça m‘est arrivé pendant plusieurs mois. Des fois je peux écrire 50 pages d’un coup et d’autres fois, il n’y a rien qui me vient, sans que je sache pourquoi. Je ne cherche pas à me forcer. [tu ne paniques jamais de ces déserts ?] non. Au début, je me forçais à poster souvent sur les réseaux et j’ai laissé tomber, je ne réponds plus à l’algo.

Quelle est ta plus grande difficulté actuelle ? je viens de terminer un recueil et c’est comme si j’avais tout écrit, comme si j’avais fait le tour de la question, alors que pas du tout. Ce moment de blanc peut être assez long.

Comment gères-tu les moments de découragement ? le plus souvent je laisse passer et des fois je cherche des défis d’écriture sur Insta ou internet avec un mot imposé par exemple. Ça va me permettre de me relancer.

 

L’inspiration

Quel livre aurais-tu aimé écrire ? ma maison en fleurs de Pauline Bilisari.

Ce soir, c’est un dîner très, très spécial, tu peux y inviter trois auteur.es de toutes époques confondues ? Qui est à table avec toi ? Pauline Bilisari parce que j’adore cette personne et sa plume, passer une soirée à discuter avec elle ça serait géniale. Je dirais aussi Laura Mahieu car elle a un message d’espoir et une façon de parler du handicap qui est formidable. Et après… j’ai trop de monde qui me vient en tête pour en choisir un dernier. Impossible ! (rires)

As-tu besoin de faire relire tes écrits et si oui par qui ? c’est pas une obligation mais j’aime avoir un avis extérieur, ça aide quand j’ai des doutes sur certains passages et à m’améliorer.

 

La solitude

Continue cette phrase : la solitude pour écrire c’est… l’idéal.

Quel est ton rapport à la solitude en général ? quand j’étais plus petite, je détestais être seule, par exemple quand je traversais la cour de récré seule, j’avais l’impression que tout le monde me regardait, c’était horrible (rires). Mais maintenant, ça me dérange moins. Je suis capable d’aller lire seule dans un café. [et pour écrire, tu as besoin d’être seule ?] non pas forcément, je peux être en plein milieu d’une foule, avoir une idée et la noter tout de suite.

 

L’ouverture au monde

Edition et/ou autoédition, qu’as-tu exploré ? j’ai autoédité mon premier recueil et je devrais autoéditer le deuxième prochainement. Ce qui me bloque dans la recherche de maisons d’édition, c’est qu’il y en a peu spécialisées en poésie, beaucoup ferment... Le jour où il y aura plus de lignes éditoriales spécialisées en poésie contemporaine, je pense que je chercherais.

Si demain ton livre devenait bestseller, comment penses-tu que tu vivrais la célébrité ? c’est un peu compliqué à répondre… Ce serait une fierté de savoir que j’ai touché beaucoup de monde. Pouvoir rencontrer mes lecteurs… Ce serait un accomplissement.

 

Légitimité et précarité

Quand on te demande ce que tu fais dans la vie, tu réponds quoi ? en premier je dis que je suis étudiante, et en deuxième je dis que je suis autrice. Ça dépend de la personne qui me parle.

Est-ce que le statut d’autrice est difficile à assumer ? oui, des fois, on ne se sent pas forcément légitime. Il y a des jours où je peux aller démarcher des libraires, et d’autres où c’est plus compliqué. Beaucoup de personnes trouvent l’auto-édition « moins bien ».

Ça veut dire quoi pour toi être artiste ? c’est créer quelque chose de nouveau qui n’existait pas encore, faire ressentir des émotions, dégager une réaction face à ce que l’on a créé.

Est-ce que tu te considères comme une « artiste » ? je dirai que oui (sourire).

Vis-tu de l’écriture ? Si oui, est-ce confortable ? Si non, est-ce un objectif ?  je n’en vis pas, loin de là. Ça ne deviendrait pas un objectif, j’en vois beaucoup qui galèrent, qui sortent 3 à 4 livres par an en auto-édition. Je trouverais ça compliqué de reposer un art sur son métier.

 

La passion

Qu’as-tu fait de plus fou par amour pour l’écriture ? partir seule à Rennes à 18 ans. J’ai fait 500km pour pouvoir passer deux jours dans un salon du livre.

Je suis un génie, tu viens de frotter ma lampe et je t’accorde un vœu en lien avec l’écriture. Que me demandes-tu ? être publiée chez Robert Laffont !

 

En un mot

Ecrire c’est … vivre

Pour écrire j’ai besoin de… respirer

Si je ne pouvais plus écrire, je… pleurerais

 

Comment découvrir ton travail ? 

Sur insta et tik tok @une_fille_trop_pensive

Merci Yasmine et bon vent pour la suite !

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Flanquer la lumière

Par AnneSo Ka

Autrice et créatrice de podcasts, AnneSo Ka explore les liens entre intimité et société, conditionnement et liberté, expression et résistance.

Son premier livre La mère à boire, à la fois récit et poésie, aborde l’entrée en maternité et paraitra cette année.

Elle anime des ateliers pour apprendre à transformer une idée en histoire et dénouer les nœuds qui nous empêchent de créer.

Née en 1990 pendant une tempête, elle vit entre Normandie et Bretagne.

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