Le brise-glace
Ferme les yeux et imagine que lorsque tu écris, tu te transformes en animal. Qui deviens-tu ?
Un renard.
La genĂšse
Depuis quand Ă©cris-tu ? depuis mes 15 ans, au moment du confinement. Au dĂ©but jâavais un compte de pĂątisserie sur Instagram et puis jâai dĂ©couvert une communautĂ© de poĂ©sie. Je mây suis intĂ©ressĂ©e, jâai participĂ© Ă un concours et une personne mâa dit que jâĂ©crivais bien, alors jâai continuĂ© ! [avant tes 15 ans, tu nâĂ©crivais pas ?] Non, jâadorais Ă©crire des rĂ©dactions de français mais jâĂ©crivais rarement pour moi.
Est-ce que ça a Ă©tĂ© difficile dâassumer ton dĂ©sir dâĂ©crire ? non, pas spĂ©cialement. Au dĂ©but câĂ©tait plus difficile de dire que jâĂ©crivais que dâĂ©crire. Jâai créé un compte de poĂ©sie avec un pseudo, je nâosais pas mettre mon nom. [pourquoi ?] La poĂ©sie est assez intime, je me livre fort⊠Et jâavais honte et peur du regard des autres, quâils trouvent la poĂ©sie « chiante ».
Le sens
Pourquoi Ă©cris-tu ? As-tu conscience du fondement derriĂšre ton Ă©lan dâĂ©criture ? jâĂ©cris ce qui me passe par la tĂȘte, jâĂ©cris pour me libĂ©rer ou parce que jâen ai envie.
Virginie Despentes commence King Kong thĂ©orie par : « JâĂ©cris de chez les moches, pour les moches. » Et toi, tu Ă©crirais de chez qui pour qui ? jâĂ©cris du cĆur pour dire haut et fort les sentiments.
Tu Ă©cris quoi et sur quoi ? pour le moment, jâĂ©cris surtout de la poĂ©sie mais jâaimerais mâouvrir Ă autre chose plus tard. Dans mon premier recueil, jâai parlĂ© de lâamour : rupture, relation de couple, amour non rĂ©ciproque. Dans le second, qui va bientĂŽt sortir, jâĂ©voque la santĂ© mentale, le rapport au corps, la discrimination⊠Les thĂšmes varient beaucoup !
Penses-tu prendre des risques avec certains sujets ? oui, le premier risque câest que je me mets Ă nu, donc parfois ça peut ĂȘtre un peu compliquĂ©. Je peux Ă©crire quelque chose qui pourrait blesser dâautres personnes, tout dĂ©pend de lâinterprĂ©tation de chacun·e.
La pratique
OĂč et quand Ă©cris-tu le mieux ? jâĂ©cris quand jâen ai envie donc ça varie Ă©normĂ©ment. Le moment oĂč jâĂ©cris le plus, câest tard le soir, avant de mâendormir. Sinon en plein milieu dâun cours, en me baladant dans la rueâŠ
As-tu une routine dâĂ©criture et si oui laquelle ? non pas du tout.
Les temps sont durs, tu ne peux choisir dĂ©sormais quâun seul outil pour Ă©crire : le bic, le feutre, le crayon de papier, lâordinateur, le tĂ©lĂ©phone ou la machine Ă Ă©crire ? le tĂ©lĂ©phone, car je lâai tout le temps sur moi, je lâamĂšne partout et ça reste le plus simple.
Que fais-tu de tes brouillons ? ça dĂ©pend, des fois ils ne vont jamais voir le jour, ils vont rester au fond de mes notes de tĂ©lĂ©phone parce que câest trop intime ou que finalement ça ne me plait pas⊠[es-tu genre Ă les supprimer ?] non ! je suis du genre Ă avoir un million de notes, autant de listes de courses que dâĂ©bauches de poĂšmes.
Partages-tu les coulisses de ton travail dâĂ©criture ? non pas trop, comme câest assez spontanĂ©. Si je me mettais Ă filmer, ce serait moins spontanĂ©. Quand je suis posĂ©e dans mon lit Ă 2h du mat et que jâĂ©cris, je ne pense mĂȘme pas Ă sortir mon tĂ©lĂ©phone. [Et en dehors des rĂ©seaux ?] en dehors des rĂ©seaux, je connais peu de personnes qui Ă©crivent.
Y a-t-il quelque chose que tu faisais, que tu ne fais plus et qui tâa libĂ©rĂ©e ? au dĂ©but je faisais beaucoup attention aux rimes. Quand je me concentrais pour trouver des synonymes, mes lecteurs trouvaient mes poĂšmes moins profonds.
Le meilleur conseil quâon tâai jamais donnĂ© pour Ă©crire ? me lancer ! le plus dur câest de commencer.
La traversée du désert
Tâest-il arrivĂ© de ne plus Ă©crire ? Si oui, pendant combien de temps et pourquoi ? oui ça mâest arrivĂ© pendant plusieurs mois. Des fois je peux Ă©crire 50 pages dâun coup et dâautres fois, il nây a rien qui me vient, sans que je sache pourquoi. Je ne cherche pas Ă me forcer. [tu ne paniques jamais de ces dĂ©serts ?] non. Au dĂ©but, je me forçais Ă poster souvent sur les rĂ©seaux et jâai laissĂ© tomber, je ne rĂ©ponds plus Ă lâalgo.
Quelle est ta plus grande difficultĂ© actuelle ? je viens de terminer un recueil et câest comme si jâavais tout Ă©crit, comme si jâavais fait le tour de la question, alors que pas du tout. Ce moment de blanc peut ĂȘtre assez long.
Comment gĂšres-tu les moments de dĂ©couragement ? le plus souvent je laisse passer et des fois je cherche des dĂ©fis dâĂ©criture sur Insta ou internet avec un mot imposĂ© par exemple. Ăa va me permettre de me relancer.
Lâinspiration
Quel livre aurais-tu aimé écrire ? ma maison en fleurs de Pauline Bilisari.
Ce soir, câest un dĂźner trĂšs, trĂšs spĂ©cial, tu peux y inviter trois auteur.es de toutes Ă©poques confondues ? Qui est Ă table avec toi ? Pauline Bilisari parce que jâadore cette personne et sa plume, passer une soirĂ©e Ă discuter avec elle ça serait gĂ©niale. Je dirais aussi Laura Mahieu car elle a un message dâespoir et une façon de parler du handicap qui est formidable. Et aprĂšs⊠jâai trop de monde qui me vient en tĂȘte pour en choisir un dernier. Impossible ! (rires)
As-tu besoin de faire relire tes Ă©crits et si oui par qui ? câest pas une obligation mais jâaime avoir un avis extĂ©rieur, ça aide quand jâai des doutes sur certains passages et Ă mâamĂ©liorer.
La solitude
Continue cette phrase : la solitude pour Ă©crire câest⊠lâidĂ©al.
Quel est ton rapport Ă la solitude en gĂ©nĂ©ral ? quand jâĂ©tais plus petite, je dĂ©testais ĂȘtre seule, par exemple quand je traversais la cour de rĂ©crĂ© seule, jâavais lâimpression que tout le monde me regardait, câĂ©tait horrible (rires). Mais maintenant, ça me dĂ©range moins. Je suis capable dâaller lire seule dans un cafĂ©. [et pour Ă©crire, tu as besoin dâĂȘtre seule ?] non pas forcĂ©ment, je peux ĂȘtre en plein milieu dâune foule, avoir une idĂ©e et la noter tout de suite.
Lâouverture au monde
Edition et/ou autoĂ©dition, quâas-tu explorĂ© ? jâai autoĂ©ditĂ© mon premier recueil et je devrais autoĂ©diter le deuxiĂšme prochainement. Ce qui me bloque dans la recherche de maisons dâĂ©dition, câest quâil y en a peu spĂ©cialisĂ©es en poĂ©sie, beaucoup ferment... Le jour oĂč il y aura plus de lignes Ă©ditoriales spĂ©cialisĂ©es en poĂ©sie contemporaine, je pense que je chercherais.
Si demain ton livre devenait bestseller, comment penses-tu que tu vivrais la cĂ©lĂ©britĂ© ? câest un peu compliquĂ© Ă rĂ©pondre⊠Ce serait une fiertĂ© de savoir que jâai touchĂ© beaucoup de monde. Pouvoir rencontrer mes lecteurs⊠Ce serait un accomplissement.
Légitimité et précarité
Quand on te demande ce que tu fais dans la vie, tu rĂ©ponds quoi ? en premier je dis que je suis Ă©tudiante, et en deuxiĂšme je dis que je suis autrice. Ăa dĂ©pend de la personne qui me parle.
Est-ce que le statut dâautrice est difficile Ă assumer ? oui, des fois, on ne se sent pas forcĂ©ment lĂ©gitime. Il y a des jours oĂč je peux aller dĂ©marcher des libraires, et dâautres oĂč câest plus compliquĂ©. Beaucoup de personnes trouvent lâauto-Ă©dition « moins bien ».
Ăa veut dire quoi pour toi ĂȘtre artiste ? câest crĂ©er quelque chose de nouveau qui nâexistait pas encore, faire ressentir des Ă©motions, dĂ©gager une rĂ©action face Ă ce que lâon a créé.
Est-ce que tu te considÚres comme une « artiste » ? je dirai que oui (sourire).
Vis-tu de lâĂ©criture ? Si oui, est-ce confortable ? Si non, est-ce un objectif ? je nâen vis pas, loin de lĂ . Ăa ne deviendrait pas un objectif, jâen vois beaucoup qui galĂšrent, qui sortent 3 Ă 4 livres par an en auto-Ă©dition. Je trouverais ça compliquĂ© de reposer un art sur son mĂ©tier.
La passion
Quâas-tu fait de plus fou par amour pour lâĂ©criture ? partir seule Ă Rennes Ă 18 ans. Jâai fait 500km pour pouvoir passer deux jours dans un salon du livre.
Je suis un gĂ©nie, tu viens de frotter ma lampe et je tâaccorde un vĆu en lien avec lâĂ©criture. Que me demandes-tu ? ĂȘtre publiĂ©e chez Robert Laffont !
En un mot
Ecrire câest ⊠vivre
Pour Ă©crire jâai besoin de⊠respirer
Si je ne pouvais plus écrire, je⊠pleurerais
Comment découvrir ton travail ?
Sur insta et tik tok @une_fille_trop_pensive
Merci Yasmine et bon vent pour la suite !
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