J'ai rencontré Elise en organisant un concours d'écriture sur le désir à l'été dernier. Avec mes amies lectrices, nous avions été saisies par l'intensité de son texte. Elise avait ensuite participé à mon atelier d'écriture post concours et quelle joie nous avons eu d'écrire ensemble ! Voici les réponses de son singe intérieur à mes questions !
Le brise-glace
Ferme les yeux et imagine que lorsque tu écris, tu te transformes en animal. Qui deviens-tu ? un singe parce que c’est malicieux. Ça déconnecte bien de la réalité pour partir dans son délire.
La genèse
Depuis quand écris-tu ? depuis que j’ai 12 ans.
Est-ce que ça a été difficile d’assumer ton désir d’écrire ? oui pendant longtemps je l’ai gardé pour moi, j’écrivais en cours quand je m’ennuyais, donc difficile de dire ça aux parents. Au début c’était de l’expérimentation, c’était très brouillon, j’ai attendu que ça me plaise pour en parler autour de moi.
Le sens
Pourquoi écris-tu ? j’écris beaucoup pour me souvenir. Je veux marquer les moments forts que je vis et y avoir accès pour toujours. Même si plus tard je perds la mémoire, je peux les revivre en les relisant. J’écris aussi pour transmettre mes émotions à d’autres personnes, mais ce besoin est venu après. J’ai besoin de me dire que j’ai vécu des choses fortes, qu’elles sont réelles. J’ai besoin de sentir que je laisse ma trace sur le temps, que j’ai vraiment exister.
Virginie Despentes commence King Kong théorie par : « J’écris de chez les moches, pour les moches. » Et toi, tu écrirais de chez qui pour qui ? j’écris de chez les idéalistes pour les pensifs.
Quels genres as-tu exploré ou souhaiterais-tu explorer ? j’ai commencé par le fantastique, la sf et maintenant presque exclusivement de la poésie. J’ai écrit des nouvelles entre temps. J’aimerais explorer un roman initiatique d’aventures et de voyage.
Quels thèmes abordes-tu ? Penses-tu prendre des risques avec certains ? de manière générale, j’aborde des thèmes intimistes et émotionnels : l’amour (romantique ou familiale, moins amicale), le désir, les angoisses, les deuils. Je pense que ce sont des sujets à risque de vulnérabilité et d’exposition. J’ai écrit des poèmes d’amour, des choses que je n’ai jamais dites aux personnes concernées.
La pratique
Où et quand écris-tu le mieux ? depuis quelques mois, je vais à un atelier d’écriture tous les mardis soirs et c’est là où j’écris le mieux. Je consacre trois heures de ma soirée à écrire, c’est très bénéfique car j’ai tendance à procrastiner et me disperser. Les longs transports en train, ça marche bien aussi.
As-tu une routine d’écriture et si oui laquelle ? pas vraiment, j’attends qu’une idée s’impose à moi et je me dis : « il faut que j’écrive ». Je me le dis aussi quand un souvenir important me revient.
Les temps sont durs, tu ne peux choisir désormais qu’un seul outil pour écrire : le bic, le feutre, le crayon de papier, l’ordinateur ou la machine à écrire ? j’aurais pris mon téléphone mais tu l’as pas proposé [rires]. J’écris quasiment tout au bic mais comme je perds facilement mes affaires, il faut que ce soit stocké sur un outil informatique.
Que fais-tu de tes brouillons ? pendant longtemps, à chaque fois que je finissais un texte, je le barrais après l’avoir réécrit sur l’ordi. Je voulais me détacher du chemin par lequel j’étais arrivée à finir. Mon copain était curieux et voulait voir mes carnets, je n’en avais pas. Maintenant je commence à les garder mais c’est récent.
Partages-tu les coulisses de ton travail d’écriture ? oui, plutôt exclusivement avec mon copain. Je lui parle de mes textes, je lui lis ce qui le concerne. Si c’est sur quelqu’un d’autre, je vais le garder pour moi mais il saura que j’écris sur cette personne.
Y a-t-il quelque chose que tu faisais, que tu ne fais plus et qui t’a libérée ? je me mettais plus de contraintes de syntaxe, de ponctuation, de sens. Il fallait que ce soit du bon français. Maintenant je m’autorise à écrire de manière plus onirique et mélodique.
Le meilleur conseil qu’on t’ai jamais donné pour écrire ? j’ai rencontré quelqu’un dans la rue, je lui ai montré mon Insta et il m’a dit : « c’est incroyable, il faut vraiment que tu continues à écrire. » Le soutien d’un inconnu m’a vraiment motivée, j’y pense beaucoup.
La traversée du désert
T’est-il arrivé de ne plus écrire ? Si oui, pendant combien de temps et pourquoi ? quand je suis entrée en première année de médecine, j’ai pas écrit pendant 2 ans, par manque de temps. Et aussi après ma rupture, j’étais tellement centrée sur mes émotions, je ne pouvais plus écrire pendant 3 semaines même si j’en avais envie. J’étais trop à fleur de peau pour écrire.
Quelle est ta plus grande difficulté actuelle ? la discipline. Même quand un écrit s’impose à moi, je peux le repousser et le texte va se « dés-imposer » et ne sera jamais écrit. Je procrastine, j’ai la flemme et le texte disparait.
Comment gères-tu les moments de découragement ? j’ai envoyé mon recueil à des maisons et j’ai reçu beaucoup de refus. C’est frustrant et ça remet des choses en question. C’est un peu cliché mais dans ces moments-là je pense au positif, aux poèmes qui ont plu, qui ont ému. C’est pas parce que des inconnus aiment pas ce que je fais que je dois le dévaloriser.
L’inspiration
Quel livre aurais-tu aimé écrire ? l’écume des jours de Boris Vian
Ce soir, c’est un dîner très, très spécial, tu peux y inviter trois auteur.es de toutes époques confondues ? Qui est à table avec toi ? c’est une bonne question, surtout que je ne sais pas comment étaient les auteurs dans la vraie vie, peut-être que c’était des gros cons, je ne me suis pas assez renseignée... J’aimerais bien avoir Victor Hugo, Sappho et Antonio Machado.
La relecture
Es-tu une traqueuse ou une faiseuse de fautes ? traqueuse, complètement. J’en fais, ça m’énerve, et quand les gens ont font, ça m’énerve aussi.
As-tu besoin de faire relire tes écrits et si oui par qui ? essentiellement mon copain et ma sœur pour un point de vue plus objectif.
La solitude
Continue cette phrase : la solitude pour écrire c’est… indispensable parce que j’ai besoin de me recentrer en moi, même s’il y a des gens autour.
Quel est ton rapport à la solitude ? plutôt positif. J’ai besoin d’y retourner régulièrement mais pas trop longtemps, je suis plutôt extravertie.
L’ouverture au monde
Est-ce que c’est difficile d’envoyer ton manuscrit à un éditeur ? non, j’ai envie que les gens le lisent. J’ai du plaisir à imaginer que le texte vive à travers moi par les yeux de quelqu’un. Le texte mérite de se balader entre les têtes.
Edition et/ou autoédition, qu’as-tu exploré ? j’ai exploré l’autoédition, j’ai adoré. J’aimerais explorer l’édition aussi.
Quels autres outils, réseaux, plateformes utilises-tu pour montrer ton travail ? j’ai créé y’a pas longtemps un compte Insta de poésie et j’ai un site pour acheter mon livre. Pour exposer mon travail, c’est essentiellement Insta. [Es-tu à l’aise ?] en soi, Insta peut être très addictif, ce qui me concerne mais professionnellement ça permet de rencontrer des gens, d’exposer son travail, je pense que c’est un passage obligatoire quand on est un artiste, peut-être “malheureusement”.
Si demain ton livre devenait bestseller, comment penses-tu que tu vivrais la célébrité ? je pense que je la vivrais très bien parce que c’est un rêve d’enfant. J’idéalise beaucoup la vie des stars de cinéma, même si je sais que c’est pas vrai. La célébrité pourrait aussi m’ouvrir plein de portes.
Légitimité et précarité
Quand on te demande ce que tu fais dans la vie, tu réponds quoi ? je réponds que je suis étudiante en médecine parce que les gens me valorisent immédiatement, alors que si je dis actrice ou poète, j’ai l’impression de dire que je suis chômeuse.
Est-ce que le statut d’auteure est difficile à assumer ? il y a un côté prétentieux que je n’arrive pas à assumer. Malgré tout c’est important pour moi… non je retire ce que je dis, ce n’est pas difficile, ça fait tellement partie de moi mais j’ai peur du regard des autres.
Vis-tu de l’écriture ? Si oui, est-ce confortable ? Si non, est-ce un objectif ? non je n’en vis pas. Ce n’est pas un objectif, si ça arrive dans ma vie, c’est génial mais je n’imagine pas cela possible. Je n’en fais pas une priorité.
La passion
Qu’as-tu fait de plus fou par amour pour l’écriture ? écrire mon recueil et y mettre tout mon cœur dedans, de montrer aux gens des parts de moi qu’ils ne connaissaient pas. C’est un recueil très « exhibitionniste » et y’a des gens qui ne veulent pas forcément tout savoir mais je n’ai pas pensé à ça, j’ai écrit pour la poésie.
Si je devais mourir ce soir, quel livre me recommanderais-tu à tout prix ? j’ai le droit de dire Harry Potter ? [tu as tous les droits] c’est un livre tellement beau, les morts y ont une place prépondérante.
Je suis un génie, tu viens de frotter ma lampe et je t’accorde un vœu en lien avec l’écriture. Que me demandes-tu ? c’est dur de pas sauter sur « avoir du succès » [tu peux, le succès n’est pas un gros mot] Etre reconnue pour que des auteurices aient envie de discuter avec moi, beaucoup sont inaccessibles sauf si tu entres dans leur sphère.
En un mot
Ecrire c’est … vitale
Pour écrire j’ai besoin de… passion
Si je ne pouvais plus écrire, je… danserais
Comment découvrir ton travail ? @novel_ise
Merci Elise !
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La bise
KK
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