En décembre 2022, j'ai participé à mon tout premier atelier d'écriture. Quelle émotion de lire ses textes devant des inconnu·es ! J'y ai aussi rencontré Nicolas, journaliste de profession, dont la plume m'a touchée. Il a accepté de se laisser interviewer pour ODS et ses réponses - après sa plume - ont continué de me toucher... Bonne lecture !
Le brise-glace
Ferme les yeux et imagine que lorsque tu écris, tu te transformes en animal. Qui deviens-tu ?
Une chenille qui veut devenir papillon.
La genèse
Depuis quand écris-tu ? je dirai depuis que j’ai 9 ans. Il y a les premiers poèmes à l’école primaire, ce sont les premiers actes d’écriture un peu fort. Ce sont les tentatives les plus sincères, spontanées, loin de toutes les inhibitions qui viennent à l’âge adulte. Mon premier poème était sur les optimistes, les bateaux.
Est-ce que ça a été difficile d’assumer ton désir d’écrire ? c’est compliqué parce que je suis journaliste et travaille dans un univers où l’écriture a une place centrale. Je suis entouré de personnes qui ont un niveau élevé, mon degré d’exigence a augmenté proportionnellement. Et il y a tous les romans qui me fascinent comme Le cœur est un chasseur solitaire, un chef d’œuvre de la littérature américaine ; l’autrice Carson McCullers l’a écrit à l’âge de 20 ans, ça fout pas mal de complexes ! Je me mets peut-être la barre un peu trop haut.
Le sens
Pourquoi écris-tu ? As-tu conscience du fondement derrière ton élan d’écriture ? au-delà de l’envie de raconter des histoires, c’est l’envie de renouer avec des êtres chers qui ont disparu (mon père, mon meilleur ami). Il y a une envie de faire revivre ces personnes d’une manière ou d’une autre. Par exemple, j’ai envie de nourrir un de mes personnages avec l’essence de cet ami que j’ai perdu il y a 14 ans.
Virginie Despentes commence King Kong théorie par : « J’écris de chez les moches, pour les moches. » Et toi, tu écrirais de chez qui pour qui ? J’écris de chez les personnes peu assurées pour les personnes peu assurées. De chez les sensibles, les écorchés pour les sensibles, les écorchés…
Tu écris quoi et sur quoi ? j’écris sur la musique, le rapport à l’autre, la relation amoureuse, l’échec… voilà en vrac. J’essaye de débuter une nouvelle et si affinités un roman.
La pratique
Où et quand écris-tu le mieux ? il faut vraiment que je sois isolé dans un endroit où il n’y a pas trop de bruit. Sur un petit bureau ou un coin de table, j’ai besoin d’être tranquille.
As-tu une routine d’écriture et si oui laquelle ? ouf ! Non (rires). Un monsieur disait – je ne sais plus qui - que « pour écrire, il fallait voler les moments ».
Les temps sont durs, tu ne peux choisir désormais qu’un seul outil pour écrire : le bic, le feutre, le crayon de papier, l’ordinateur ou la machine à écrire ? ma pulsion première serait le bic et le carnet, mais ce serait plus sioux de garder l’ordi pour tout stocker.
Que fais-tu de tes brouillons ? je les garde précieusement parce que je me dis que peut-être j’y reviendrais. Au pire ils me permettront de voir le chemin parcouru.
Partages-tu les coulisses de ton travail d’écriture ? avec toi, sinon non.
Y a-t-il quelque chose que tu faisais, que tu ne fais plus et qui t’a libérée ? je ne vois pas, désolée.
Le meilleur conseil qu’on t’ai jamais donné pour écrire ? Voler toutes les occasions possibles et imaginables.
La traversée du désert
T’est-il arrivé de ne plus écrire ? Si oui, pendant combien de temps et pourquoi ? tu aurais pu me poser la question à l’envers ! Ma pratique est un peu erratique. Comme je te le disais, le désir d’écrire de la fiction est venu avec la perte de personnes proches, c’était une manière de renouer le contact et d’essayer de saisir pourquoi elles me manquaient si profondément. J’ai remisé dans un coin l’écriture pendant très longtemps. J’écrivais pour le boulot et j’avais déjà tellement de mal à me sentir légitime dans ma pratique professionnelle que j’avais pas la place d’écrire pour moi.
Quelle est ta plus grande difficulté actuelle ? j’ai peur de faire des fautes de goût stylistiques, des effets un peu lourd, d’aller dans des choses un peu facile. Dans mon travail, je ne supporte pas les personnes qui s’écoutent écrire, qui tombent dans des effets qui n’apportent rien à la compréhension mais sont là pour flatter l’ego. [tu veux dire comment trouver ton style sans que ce soit ampoulé ?] Oui et ne pas renoncer à la notion de plaisir sans tomber dans la facilité. Marier le plaisir et l’exigence.
Comment gères-tu les moments de découragement ? je suis en train d’apprendre à les gérer, donc je répondrai plus tard à cette question…
L’inspiration
Quel livre aurais-tu aimé écrire ? pfff ! [oui je sais choisir est horrible] Ah non, c’est très facile ! C’est mon livre de chevet : l’attrape cœur de Salinger. Pour moi c’est LE chef d’œuvre en termes de sensibilité, de drôlerie, d’ironie, de regards désabusés sur le monde. Il faut le lire en anglais, si on peut, pardon ça peut paraitre pédant, mais en français, je trouve qu’on passe à côté de la mélancolie du texte.
Ce soir, c’est un dîner très, très spécial, tu peux y inviter trois auteur·es de toutes époques confondues ? Qui est à table avec toi ? j’adorerais rencontrer Clara Dupont-Monod - S’adapter, incroyable sur les relations familiales -, Ken Kesey (l’auteur de Vol au-dessus d’un nid de coucou et un livre que je vais te conseiller : Sometimes a great notion, ce livre a changé mon rapport à la littérature) et… je vas pas dire Salinger car c’était un gros taiseux… Paul Eluard, mon poète préféré.
La solitude
Continue cette phrase : la solitude pour écrire c’est… un mal nécessaire.
Quel est ton rapport à la solitude en dehors de l’écriture ? j’en ai besoin, je suis quelqu’un d’assez solitaire. J’ai la chance de partager la vie de quelqu’un dont je suis éperdument amoureux, ça n’empêche que j’ai besoin de moments à moi, pour réfléchir à plein de choses, pour rêver, marcher.
L’ouverture au monde
Si demain ton livre devenait bestseller, comment penses-tu que tu vivrais la célébrité ? extrêmement mal je pense, c’est vraiment pas mon moteur. L’anonymat est très confortable. Après j’espère une forme de reconnaissance bien sûr.
Légitimité et précarité
Quand on te demande ce que tu fais dans la vie, tu réponds quoi ? je suis journaliste.
Est- ce que le statut d’auteur·e est difficile à assumer ? je n’ai pas cette légitimité.
Est-ce que tu te considères comme un « artiste » ? pas encore.
Tu ne vis pas de l’écriture mais est-ce que ce serait un objectif ? j’en sais rien… d’un côté ça me fait rêver et en même temps c’est peut-être un fantasme car être écrivain avec un grand E, c’est peut-être avoir plein de contraintes que je n’imagine pas. Et travailler dans un collectif ça me plait, j’aime avoir un cadre. Le plaisir que j’ai dans mon travail, c’est de voir les personnes quotidiennement, des personnes pour qui j’ai énormément d’admiration. Si je vivais de ça, il faudrait que j’arrive à reconstituer une communauté d’écrivains pour échanger en toute confiance.
La passion
Qu’as-tu fait de plus fou par amour pour l’écriture ? participer à un atelier et partager ce que j’ai écrit à des personnes qui me sont totalement inconnues !
Je suis un génie, tu viens de frotter ma lampe et je t’accorde un vœu en lien avec l’écriture. Que me demandes-tu ? ma première impulsion c’est de m’ôter tous mes complexes, mais c‘est peut-être bien d’en avoir… à petites doses… pour garder une certaine tenue, une certaine exigence. Disons : me désinhiber dans la limite du raisonnable.
En un mot
Ecrire c’est… la musique
Pour écrire j’ai besoin de… temps
Si je ne pouvais plus écrire, je… cuisinerais.
Merci Nicolas et bon vent pour la suite !
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