Le temps de donner vie à un enfant, deux recueils de poésie et autres projets créatifs dont je vous parlerai plus tard, me voici de retour ! Fin août, j'ai eu l'occasion de suivre une passionnante formation à l'écriture de fiction délivrée par Johanna Sebrien. Je vous laisse découvrir sa vision de l'écriture en cette douce journée d'automne...
Le brise-glace 🍦
Ferme les yeux et imagine que lorsque tu écris, tu te transformes en animal. Qui deviens-tu ? un chevreuil. [Pourquoi ?] C’est mon animal ! J’ai eu des moments très importants avec des chevreuils ici dans ma maison et à Yosemite aux USA quand j’ai vu une harde de chevreuils courir dans la vallée. C’est pour moi le symbole ultime de liberté.
La genèse ⏳
Depuis quand écris-tu ? depuis l’adolescence vers 16,17ans. J’ai commencé par des textes de chanson et je composais la musique.
Est-ce que ça a été difficile d’assumer ton désir d’écrire ? oui complètement ! Ce qui m’a beaucoup aidé, c’est que l’édition est venue à moi. J’avais 22 ans, on m’a proposé d’écrire un texte, ça a été ma chance et ça m’a permis de faire la liaison vers le scénario et le roman.
Le sens ❔
Pourquoi écris-tu ? pour me faire du bien, pour exprimer mes émotions très intenses et très nombreuses. Avant c’était le piano que je pratiquais à haute dose mais je me suis rendue compte que ça ne suffirait pas, qu’il fallait que je verbalise les choses dans une optique de guérison et de transmission. Si je voulais que les gens comprennent ce que je ressens, il fallait que je raconte une histoire. J’écris aussi pour porter une mémoire, je viens d’une famille qui a vécu les horreurs de la deuxième guerre mondiale ; il s’agit de faire entendre des voix qui n’ont jamais pu s’exprimer. J’écris pour faire réfléchir. Très profondément, j’écris parce que j’ai besoin de créer du lien avec mes semblables, c’est ma façon de me relier aux gens.
Virginie Despentes commence King Kong théorie par : « J’écris de chez les moches, pour les moches. » Et toi, tu écrirais de chez qui pour qui ? je ne supporte pas la catégorisation donc la question ne me parle pas. Disons que j’écris depuis moi, c’est déjà bien assez compliqué, pour les gens qui veulent s’adresser à leur âme. C’est un peu grandiloquent (rires). J’essaye de me connecter à mon âme pour que les gens se connectent à la leur.
Quels son tes thèmes de prédilection ? l’amour ! La mémoire, la transmission, l’héritage. L’amitié, les liens humains, la vie d’artiste, comment on se construit en tant qu’artiste. Mon pendant : je traite des sujets sérieux sur un mode comique.
Penses-tu prendre des risques avec certains sujets ? oui clairement, avec la mémoire. Je l’ai vu dans la réception de mes deux textes sur la Shoah, c’est un risque au niveau familial et sociétal. Aujourd’hui, je veux parler du lesbianisme et pour moi, c’est aussi un risque.
La pratique ✂
Où et quand écris-tu le mieux ? le matin, pas trop tôt, dans mon bureau ou dans mon parc.
As-tu une routine d’écriture et si oui laquelle ? je suis hyper disciplinée donc quand je suis sur un projet, je respecte au maximum les échéances, je vais écrire tous les jours pendant 1h, 2h… [T’as pas besoin de t’imposer une routine ?] Non.
Avec quel outil écris-tu ? l’ordinateur. Je prends des notes sur des carnets mais très vite je passe à l’ordi.
Que fais-tu de tes brouillons ? je garde, toujours. Je me fais tout un dossier avec une fiche projet (grandes lignes, trames, premiers personnages, mes intentions), une fiche personnages et univers, une fiche pour la structure et un fichier texte dont je garde les différentes versions.
Partages-tu les coulisses de ton travail d’écriture ? j’ai pas intérêt à partager mes idées car elles sont souvent bonnes (rires) Si, je partage mes premières idées avec ma relectrice principale. Je lui demande : « est-ce que tu aimerais lire un livre qui parle de… »
Y a-t-il quelque chose que tu faisais, que tu ne fais plus et qui t’a libérée ? attends je réfléchis… Se relire tout de suite, ça j’ai arrêté, sinon je ne termine pas le projet. Je sais très bien que ma première version va être un peu pourrie mais je sais aussi qu’au bout de 3, 4 versions, ça ira. Même si ça ne plait pas à des gens, moi j’aurais fait le boulot.
Le meilleur conseil qu’on t’ai jamais donné pour écrire ? tu sais, la voix du gendarme intérieur qui questionne tout en permanence… Tu la prends comme une petite souris, tu la ranges dans ton armoire et tu la mets de côté. Sur le long terme, c’est ce gendarme là qui fait qu’on ne termine pas.
La traversée du désert 🐫
T’est-il arrivé de ne plus écrire ? Si oui, pendant combien de temps et pourquoi ? c’était il y a longtemps, j’étais dans une relation amoureuse toxique, j’ai arrêté d’écrire pendant 2 ans.
Quelle est ta plus grande difficulté actuelle ? étant conseillère éditoriale, je connais le monde de l’édition et je dois faire abstraction de ce monde-là pour rester motivée. Je ne rentrerai pas dans les détails mais il y a tellement d’aberrations… Ça m’oblige à un travail de détachement. Je suis convaincue qu’avec une démarche d’authenticité, on finit par y arriver, d’une façon ou d’une autre. C’est ma boussole : suivre mon chemin d’authenticité, quel que soit le regard des gens. Mais c’est pas facile, ça fait 15 ans que je réfléchis à ça ! (rires)
Comment gères-tu les moments de découragement ? je ris ! Je vois des comédies, j’essaye de créer des moments où je vais rigoler. L’humour me sauve dans ma vie.
L’inspiration 🪁
Quel livre aurais-tu aimé écrire ? mais il y en a tellement ! La comédie humaine !
Ce soir, c’est un dîner très, très spécial, tu peux y inviter trois auteurices de toutes époques confondues ? Qui est à table avec toi ? ah ! [C’est horrible comme question ?] Ah non j’adore, j’en rêve de ce diner ! Alors… Socrate déjà, Jane Goodall, mon héroïne, qui est aussi une autrice. Je peux en faire deux autres ? [Bien sûr] J’allais dire Balzac et Hugo, mais je ne sais pas s’ils étaient sympas.
La relecture 👀
Quelle est ta relation à la faute (d’orthographe, grammaticale, de frappe…)? dans mes textes, je sais que c’est normal, vu à la vitesse à laquelle je tape. Dans les textes publiés, quand il y a beaucoup de coquilles, ça me gave.
As-tu besoin de faire relire tes écrits et si oui par qui ? oui par ma compagne. J’aurais bien aimé trouver un conseiller éditorial extrêmement pointilleux en termes de technique. Ça va faire très prétentieux, mais j’aimerais bien faire lire à certains script doctor américains que je connais.
La solitude 🏝
Continue cette phrase : la solitude pour écrire c’est… top (rires)
Quel est ton rapport à la solitude en général ? j’adore la solitude, je fais partie de ces gens qui sont très bien seuls mais ça ne veut pas dire que je veuille vivre isolée. C’est 50/50 ou plutôt les 2/3 du temps j’ai besoin d’être seule… Non, je vais dire 40/60 parce que j’adore rencontrer des gens.
L’ouverture au monde 🌎
Est-ce que c’est difficile d’envoyer ton manuscrit à un éditeur ? ça l’a été oui. Aujourd’hui, non, le jugement d’un éditeur ou d’une éditrice n’a pas plus de valeur que ça. [ Mais ce jugement permet à ton livre d’être édité ?] Oui, je sais mais ça repose sur la subjectivité. Bien sûr, ça me fait plaisir quand il y a une validation mais j’en suis complètement revenue. Il se trouve que j’ai été éditée 3 fois à compte d’éditeur, c’était important dans ma construction personnelle mais aujourd’hui ce qui compte le plus c’est la réaction d’un lectorat. Parfois ça me fait peur, je me dis : est-ce que les maisons d’édition vont avoir l’ouverture d’esprit pour accueillir le sujet que je veux aborder ? Enfin c’est pas vraiment de la peur mais de l’impatience.
Edition et/ou autoédition, qu’as-tu exploré ? j’ai exploré les 2 et je continuerai les 2, on verra, ça dépend du projet. Je préférerai, pour des raison pratiques, me reposer sur les maisons d’édition mais c’est compliqué donc me revient cette idée de faire les choses par moi-même. Je ne ferme aucune porte.
Quels autres outils, réseaux, plateformes utilises-tu pour montrer ton travail ? Youtube, Facebook, Insta et mon site web. C’est difficile de savoir ce qui a le plus d’impact mais chose certaine, Youtube me fait connaitre.
Si demain ton livre devenait bestseller, comment penses-tu que tu vivrais la célébrité ? je serais très heureuse d’avoir constitué un lectorat mais je serais aussi très embêtée. Ce qui compte le plus pour moi c’est ma liberté ; donc je ferais en sorte de ne pas la perdre. J’ai rencontré des gens connus et s’il y a bien un truc que j’ai compris, c’est que la célébrité ne me rend pas plus heureux. Et puis je n‘aime pas être sur le devant de la scène, je n’aurais pas pu être chanteuse ou comédienne.
Légitimité et précarité👻
Quand on te demande ce que tu fais dans la vie, tu réponds quoi ? je travaille dans l’édition
Quel mot utilises-tu : auteure, autrice, écrivaine ? autrice
Est-ce que ce statut est difficile à assumer ? plus depuis que j’ai été éditée. Quand j’ai signé à compte d’éditeur, mon contact à la maison d’édition considérait que mon nom sur le contrat voulait dire que j’étais autrice mais pour moi c’était pas évident.
Vis-tu de l’écriture ? Si oui, est-ce confortable ? Si non, est-ce un objectif ? je vis de services déclinés autour de l’écriture et oui, c’est un objectif de vivre de l’écriture seule. En fait, l’objectif c’est de pouvoir financer des projets divers et variés.
La passion 🧨
Qu’as-tu fait de plus fou par amour pour l’écriture ? je ne suis pas quelqu’un d’hyper fofolle ! Non, à part me rendre à des festivals pour parler à des éditeurs que je ne connais pas... Mais je parlerai plus d’audace que de folie.
Je suis un génie, tu viens de frotter ma lampe et je t’accorde un vœu en lien avec l’écriture. Que me demandes-tu ? d’avoir toute ma tête pour pouvoir écrire jusqu’à la fin.
En un mot
Ecrire c’est… vivre
Pour écrire j’ai besoin de… calme
Si je ne pouvais plus écrire, je… dépérirais
Merci Johanna !
Pour découvrir son travail c’est par ici
Une BD qui se déguste comme une pâte de fruits sous un plaid moelleux… J’ai ri, j’ai pleuré, j’ai adoré.
Si vous souhaitez réagir à cet entretien ou me conseiller vos coups de cœur, n’hésitez pas à m’écrire !
Soleillement vôtre,
KK
...